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Quand le réalisateur de L’Exorciste filme un vrai exorcisme

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QUAND LE RÉALISATEUR DE L'EXORCISTE FILME UN VRAI EXORCISME
Quand le réalisateur de L’Exorciste filme un vrai exorcisme : l’affaire Cristina & le père Amorth
ghosthunter.be
► ENQUÊTE PARANORMALE  ·  EXORCISME  ·  ITALIE

QUAND LE RÉALISATEUR DE
L’EXORCISTE
FILME UN VRAI EXORCISME

Exorcisme père Amorth : La première fois dans l’histoire qu’une caméra entre là où personne n’avait jamais pu aller
1er mai 2016
Alatri, Italie
Exorcisme & documentaire
Il est l’homme qui a fait frissonner le monde entier avec L’Exorciste en 1973. Mais en 2016, William Friedkin ne tourne plus une fiction. Il se retrouve seul, avec une simple caméra d’appareil photo, dans une pièce d’Italie, face à une femme qui hurle dans une voix qui n’est pas la sienne. Ce qu’il va capturer est peut-être la séquence la plus troublante de toute sa carrière — et personne ne l’a payé pour la scénariser.
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William Friedkin Réalisateur · L’Exorciste (1973)

Né en 1935 à Chicago, William Friedkin est l’un des cinéastes les plus respectés d’Hollywood. Son film L’Exorciste (1973), inspiré d’un cas réel, reste l’un des films d’horreur les plus populaires de l’histoire du cinéma. C’est en 2016-2017 qu’il réalise ce qui sera peut-être son œuvre la plus audacieuse : filmer un exorcisme en conditions réelles.

Exorcisme père Amorth : L’homme qui a fait peur au monde entier

Exorcisme père Amorth : Difficile de parler de possession démoniaque au cinéma sans mentionner William Friedkin. En 1973, il plonge le monde dans la terreur avec L’Exorciste, adapté du roman de William Peter Blatty lui-même inspiré d’un fait divers réel survenu en 1949. Le film révolutionne le cinéma d’horreur et devient immédiatement une référence absolue.

Mais voilà ce que peu de gens savent : le père Gabriele Amorth, le plus célèbre exorciste du Vatican, adorait ce film. Il l’avait vu et revu, considérant qu’il était « considérablement exact » dans sa représentation de la possession. C’est cette admiration réciproque qui va provoquer une rencontre historique.

Bien sûr, les effets spéciaux sont exagérés, mais c’est un bon film et considérablement exact dans sa représentation de la possession démoniaque.

— Père Gabriele Amorth, à propos de L’Exorciste de William Friedkin

En 2016, Friedkin écrit un article pour Vanity Fair sur sa rencontre avec le père Amorth. Le courant passe immédiatement. Et le prêtre lui fait une proposition que le réalisateur n’attendait pas.

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Le père Amorth : l’exorciste en chef du Vatican

Père Gabriele Amorth Exorciste officiel du Vatican · 1925 – 2016

Né à Modène le 1er mai 1925, Gabriele Amorth entre en résistance à 18 ans pendant la Seconde Guerre mondiale avant de se tourner vers la prêtrise. Ordonné en 1954, il est nommé exorciste officiel du diocèse de Rome en 1986. Il fonde l’Association internationale des exorcistes en 1991. À sa mort en 2016, il avait pratiqué plus de 70 000 exorcismes.

Pour comprendre l’ampleur de ce que va vivre Friedkin, il faut d’abord mesurer qui est vraiment cet homme en soutane. Le père Gabriele Amorth n’est pas un obscur prêtre de campagne. C’est l’exorciste officiel de l’Église catholique romaine, reconnu par le Vatican, fondateur de l’Association internationale des exorcistes, auteur de plusieurs livres traduits dans le monde entier.

▮ Chiffres clés

Plus de 70 000 exorcismes pratiqués au cours de sa carrière.

30 ans passés comme exorciste officiel du diocèse de Rome.

Il affirmait dialoguer avec le diable chaque jour, en latin — et que ce dernier lui répondait en italien.

Son film préféré : L’Exorciste de William Friedkin, 1973.

Une proposition sans précédent

Lors de leurs échanges, le père Amorth pose une question simple : « Souhaiteriez-vous assister à un véritable exorcisme ? » Friedkin répond oui. Il va encore plus loin et demande s’il peut filmer la séance. Réponse du père Amorth : oui, à une seule condition — Friedkin devra être entièrement seul. Pas d’équipe, pas de cadreur. Juste lui, sa caméra d’appareil photo, et ce qui va se passer dans cette pièce.

► LE DOCUMENTAIRE EN BREF
  • Titre : The Devil and Father Amorth (Le diable et le père Amorth)
  • Réalisateur : William Friedkin
  • Année : 2017 (filmé le 1er mai 2016)
  • Durée : 1h09
  • Coécrit avec : Mark Kermode, critique de cinéma britannique
  • Présenté à : la 74e Mostra de Venise, 31 août 2017
  • Disponible sur : Netflix
  • Particularité : premier exorcisme filmé avec l’autorisation du Saint-Siège

Cristina : une architecte de 46 ans face à son neuvième exorcisme

Elle s’appelle Cristina. C’est une architecte italienne de 46 ans, originaire du village d’Alatri, en Italie centrale. La séance filmée le 1er mai 2016 — jour de l’anniversaire du père Amorth, qui fête ses 91 ans — est son neuvième exorcisme. Une quinzaine de personnes assistent à la séance, dont sa famille.

▮ Ce qui se passe dans la pièce

Durant dix-sept minutes, Cristina entre en transe. Sa voix change radicalement : gutturale, grave, menaçante. Son corps se tord. Elle crie, blasphème, puis supplie. Ses proches prient à genoux autour d’elle.

Friedkin, seul avec sa caméra, capte chaque instant. Il dira avoir été profondément bouleversé — lui qui a consacré une carrière entière à mettre en scène l’extrême.

Le père Amorth ordonne au démon : « You are banned forever » — « Tu es banni à jamais. »

Je ne peux pas vous dire ce qui ne va pas avec Cristina. Mais je peux vous permettre de constater que son cas implique des forces qui dépassent l’ordinaire.

— William Friedkin, dans le documentaire
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L’incident de l’église : ce que la caméra n’a pas filmé

La partie la plus controversée du documentaire n’est pas l’exorcisme lui-même. Friedkin souhaite revoir Cristina. Elle lui donne rendez-vous dans une petite église de campagne. Et là, selon ses propres mots, quelque chose de violent et d’inexplicable se produit.

Friedkin dit n’avoir pas eu le temps de prendre sa caméra. Il n’existe donc aucune image de cet incident.

⚠ Point de controverse

L’absence d’images pour la scène prétendument la plus intense a été vivement critiquée. Plusieurs journalistes ont relevé la coïncidence troublante : c’est précisément au moment le plus dramatique que la caméra disparaît.

Friedkin maintient sa version. Ses détracteurs y voient une manipulation narrative pour prolonger la légende de L’Exorciste. La vérité, comme toujours dans ce domaine, reste inaccessible.

Possession ou maladie mentale ? Le débat sans fin

Du côté de la science, les neurologues parlent de « délire », les psychiatres de « trouble dissociatif en transe ». Les comportements de Cristina correspondent à des pathologies psychiatriques connues.

Du côté de la foi, le père Amorth est catégorique : ce qu’il combat depuis trente ans n’est pas une maladie. L’Église catholique reconnaît la réalité de la possession démoniaque comme un phénomène distinct des troubles mentaux.

▮ Ce que disent les spécialistes

Les médecins consultés par Friedkin après visionnage reconnaissent avoir été troublés. Aucun n’a pu fournir de diagnostic définitif. L’un d’eux a confié n’avoir jamais rien vu de tel au cours de sa carrière clinique.

Ce constat ne prouve rien — mais il illustre la limite de notre compréhension de certains états altérés de conscience, qu’ils soient d’origine neurologique, psychologique ou… autre.

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Un documentaire imparfait, mais un document unique

Le documentaire a reçu des critiques mitigées — 44% sur Rotten Tomatoes. Les reproches : trop de sensationnalisme, une narration trop centrée sur Friedkin et son lien avec L’Exorciste, et l’absence d’images lors de l’incident de l’église.

Et pourtant. Quand la séquence de l’exorcisme commence, quelque chose change. L’image est granuleuse, mal cadrée, amateur. Et c’est précisément pour cela qu’on ne peut pas l’ignorer. Ce n’est pas du cinéma. C’est une femme, dans une pièce, qui souffre — ou qui est possédée. Et on ne sait pas.

C’est la première fois dans l’histoire que l’Église catholique autorise officiellement la captation vidéo d’un exorcisme — une autorisation accordée par le Saint-Siège lui-même.

— Contexte historique du documentaire

Ce que cette histoire nous dit sur notre rapport au mystère

Au fond, ce qui rend l’affaire Cristina si fascinante, c’est précisément ce qu’elle nous refuse : une réponse. Juste une femme qui souffre, un vieux prêtre qui prie, et une caméra qui enregistre sans comprendre.

Le père Gabriele Amorth est décédé le 16 septembre 2016, quelques mois après la séance filmée. Il est parti en ayant accompli ce qui était pour lui une mission sacrée, jusqu’au bout.

Cristina, elle, continue de vivre en Italie. Son histoire, son vrai nom, son visage : tout cela reste protégé. Elle avait accepté d’être filmée. Elle n’avait pas accepté de devenir une légende.

▮ Pour aller plus loin

Le documentaire : The Devil and Father Amorth (2017) — disponible sur Netflix.

Livres du père Amorth : Un exorciste raconte (1992), Confessions — Mémoires de l’exorciste officiel du Vatican (2010), Moi, l’exorciste du Vatican (2023, poche).

Le biopic : L’Exorciste du Vatican (2023), avec Russell Crowe dans le rôle du père Amorth.

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